La médiacratie est en délire. Le candidat de la "diversité" a gagné aux Etats-Unis ! Mais faut-il voir dans l'accession d'un dirigeant noir au pouvoir suprême l'avènement d'une société plus juste comme on nous le rabache sur toutes les antennes ? On aurait bien tort de le penser, et sur ce sujet la "grande fête" sera suivie d'une sacrée gueule de bois comme l'a fort justement souligné Jean-Marie LE PEN ce matin.
Alimenter les communautarismes au nom d'une société égalitaire ? Impossible synthèse. Barack OBAMA le sait bien. La problématique raciale a été le fil conducteur de sa campagne, et quand il déclarait en mars dernier "la race est un problème que la nation ne peut se permettre d’ignorer en ce moment précis", la foule de ses meetings répondait "la race ne compte pas !", comme pour mieux souligner l'ineptie que représentent les solutions communautaristes dont on nous vante si souvent les mérites en France.
En fait, la question raciale est un peu l'arbre qui cache la forêt de la ségrégation sociale. Les vraies inégalités qui existent aux Etats-Unis, celles qui sont la source de tensions sociales permanentes, ne sont pas contrairement à ce qu'on veut nous dire des inégalités raciales. Ce sont des inégalités sociales qui frappent TOUS les groupes ethniques comme le soulignait en Juin dernier Walter BENN MICHAELS, auteur d'un article intitulé "toutes les inégalités n'offensent pas Barack OBAMA" dans le très à gauche Monde diplomatique... La référence m'est assez peu coutumière, mais l'argumentation développée ne manque pas d'intérêt : "La campagne d' OBAMA est et a toujours été entièrement axée sur la question raciale, et notamment sur l’antiracisme en tant que politique progressiste. (...) Sa campagne a donné de l’aile supposée progressiste de son parti l’image d’un berger conduisant les américains vers une société de plus en plus ouverte et égalitaire — pas seulement pour les noirs, mais aussi pour les asiatiques, les latinos, les femmes et les homosexuels. Le problème néanmoins posé par cette image (et qui explique une part de l’attrait qu’elle exerce) est qu’elle s’avère trompeuse. Non pas au sens où des progrès extraordinaires (bien qu’incomplets) n’auraient pas été accomplis grâce à la lutte contre le racisme, mais au sens où ces progrès n’ont pas rendu la société américaine plus ouverte ou plus égalitaire".
Diable ! La lutte en faveur de la diversité ne résoudrait rien ! Pire, selon BENN MICHAELS elle serait à l'origine de l'aggravation des inégalités en ce qu'elle dilue les effets de toute politique sociale. "La lutte en faveur de l’égalité raciale et sexuelle n’a pas débouché sur davantage d’égalité économique. Elle s’est même révélée compatible avec une inégalité plus grande en la matière et avec la formation d’une société plus élitiste" précise-t-il, ce qui s'explique par le fait qu'en diversifiant les élites (par la discrimination positive) on n'aurait fait que légitimer leurs privilèges et renforcer leur monopole.
On perçoit ici toute la vacuité du discours tenu par la classe politique française de WAUQUIEZ à MOSCOVICI en passant par BUFFET, qui affirment tous que pour rendre l'administration et le gouvernement plus proche des français il suffirait d'ouvrir l'ENA (ou Sciences Po) aux "jeunes issus de l'immigration", idée d'autant plus absurde que la France est un Etat unitaire et qu'elle ne saurait par conséquent se voir imposer des modes de fonctionnement destinés aux Etats fédéraux ! N'importe quel professeur de droit constitutionnel poufferait à cette simple idée.
Voilà en quelques lignes détricotée la légende du justicier OBAMA, légende qui masque un programme social aussi pauvre que les catégories d'électeurs qui lui ont permis d'accéder à la Maison Blanche... C'est une leçon dont nous devons tirer les enseignements en rejetant clairement la notion de diversité en politique, non pas bien sûr au nom d'une volonté ségrégationniste que nous réprouvons, mais au nom du refus de l'uniformisation du monde qui est en réalité le seul but que poursuivent Barack OBAMA et la plupart de nos dirigeants, qu'ils soient de droite ou de gauche.
Pierre CHEYNET (fn43@wanadoo.fr)